La posidonie (Posidonia Oceanica)
La Posidonie, n’est pas une algue mais une véritable plante marine, à fleur, à
fruit et racine (rhizome), apparentée aux iris terrestres, est une espèce
menacée de disparition au même titre que la cymodocée (cymodocea nodosa) et la
zostère naine (zostera noltii) qui a presque disparu à cause de la sur-
fréquentation de la frange littorale de très faible profondeur. Pourtant elles
sont protégées par la loi, pour la posidonie et la cymodocée, nationalement par
l’arrêté du 15 Juillet 1988 et strictement protégée internationalement par la
Convention de Berne ; pour la zostère naine, nationalement par l’arrêté du 9
Mai 1994.
La Posidonie, arbre de vie de la mer, est localisée, dans le monde, uniquement
en Méditerranée et sur les côtes méridionales de l’Australie, c’est à dire sous
un climat voisin du nôtre. Elle occupe les fonds marins depuis la surface
jusqu’à 30 à 40 mètres de profondeur ("limite inférieure de
l’herbier"). Les herbiers de Posidonies ont la même importance que les
forêts pour nos espaces terrestres : ils sont la clef de voûte de l’écosystème
des fonds littoraux méditerranéens.
En effet les Posidonies jouent en effet un rôle irremplaçable :
- Production d’oxygène, aussi indispensable à la vie marine qu’à la vie
terrestre;
- Source de nourriture pour les oursins, certains poissons et crustacés, qui
serviront eux mêmes à nourrir d’autres poissons;
- Nursery pour de nombreuses espèces de poissons ;
- Habitat permanent pour des milliers d’espèces animales et végétales (habitat
préféré de deux espèces d’hippocampes : l’hippocampus hippocampus et
l’hippocampus ramulosus);
- Stabilisation des fonds sableux, au même titre que la végétation terrestre
protège les sols de l’érosion;
- Atténuation de la puissance des courants sous marins (jusqu’à 40%),
protégeant ainsi les plages d’une régression parfois dramatique.
Localisation de la Posidonie
La Posidonie se rencontre devant toutes les côtes de Méditerranée entre zéro et
quarante mètres de profondeur. Sur la frange littorale de la Méditerranée
française, l’infralittoral, les baies et criques abritées à l’Est du Rhône
étaient jadis pourvues de récifs-barrières, par exemple le Lacydon, l’actuel
‘’Vieux Port’’ de Marseille, les baies de la Seyne et du Lazaret au Nord de la
Presqu’île de Saint-Mandrier, le site de la Madrague au Nord de la Presqu’île
de Giens, la plage située entre les Salins d’Hyères et le port de la
Londe-les-Maures.
Mais depuis l’arrivée des Phocéens, puis des Romains, il y a 2 500 ans, ces
récifs ont été victimes de la construction de ports. Seule la chance a épargné
certains jusqu’à nos jours. Il n’en subsiste aujourd’hui, que trois : dans la
baie Sainte Cécile du Brusc , à Port-Cros dans le Var et en Corse à Saint
Florent. Mais celui du Brusc est en danger de mort, le projet d’extension
portuaire s’il se réalise, l’exterminera comme tous les aménagements portuaires
l’ont été pour tous les récifs barrières de Méditerranée française qui ont tous
disparu. Nos décideurs sont des criminels, ils décident à l’encontre de toutes
les lois, la justice n’est pas appliquée.
Les Posidonies sont considérées comme des reliques anciennes d’une flore dont
l’aire d’extension biogéographique a dû être beaucoup plus étendue,
descendantes d’ancêtres terrestres qui se sont adaptés à la mer. A l’heure
actuelle, pour ce qui concerne le bassin nord occidental de la mer
Méditerranée, cette Phanérogame ne fleurit qu’exceptionnellement lors d’années
particulièrement chaudes. Il semble que l’éventail des vents froids venus du
nord par la vallée du Rhône exerce une influence climatique défavorable à cette
plante dont la floraison est fréquente dans les régions plus chaudes, telles
que les côtes méditerranéennes de l’Afrique et le long des côtes de Provence,
les dernières grandes floraisons qui aient été signalées remontent à 1911,
1937, 1961, 1980, 2003, au terme d’étés particulièrement chauds.
Le cycle de la posidonie :
Les posidonies se reproduisent comme toutes les plantes à fleurs par des
graines. Les boutons apparaissent en Septembre, les fleurs s’épanouissent en
Octobre et Novembre. Elles sont groupées par inflorescences qui portent
plusieurs pistils et étamines. Le pollen ressemble à un cheveu. Il est
disséminé par les courants et va s’accrocher au pistil dont le stigmate est
muni d’échancrures qui permettent de mieux piéger le pollen. Les fruits se
forment pendant tout l’hiver. Au mois de Mai et de Juin, ils se détachent de la
plante. Ils ont la taille, la forme et la couleur d’une olive verte. Ils vont
flotter entre dix et quinze jours. Ceci permet à ces fruits d’être emportés par
les courants sur de longues distances. A l’occasion de promenades sur le bord
des plages on peut trouver ces fruits échoués. Le fruit, pendant sa flottaison,
finit par pourrir et laisser échapper l’unique graine qui coule et germe
immédiatement si la profondeur et les caractéristiques des fonds sont
favorables à son développement. Mais tout ceci est exceptionnel. Certaines
années on ne trouve pas de fleurs, d’autres années si les fleurs sont
fréquentes, la fructification est mauvaise. Il n’y pas de reproduction
régulière, elle est singulièrement aléatoire, au gré des courants. C’est la
raison pour laquelle il faut absolument préserver et restaurer les posidonies
par tous les moyens.
Si les plantes à fleurs sont peu nombreuses dans les mers et les océans (moins
de soixante espèces différentes contre plus de vingt mille pour les algues)
elles jouent un rôle considérable. Les posidonies constituent de véritables
forêts sous-marines avec des densités atteignant les mille faisceaux de
feuilles par mètres carrés et huit feuilles rubanées à nervures parallèles de
quatre-vingts centimètres à plus d’un mètre par faisceau sur des rhizomes
rampants garnis de racines. Ceux-ci s’allongent de 5 à 10 cm par an s’ils ne
rencontrent aucun obstacle. Mais ces rhizomes peuvent aussi se dresser
verticalement si les plants se gênent les uns les autres ou s’ils sont
ensablés.
Dédiés à Poséidon, Dieu grec de la mer, les posidonies fixent les fonds grâce
au lacis imputrescible de leurs rhizomes et racines qui s’élèvent lentement
d’un mètre par siècle. Ce lacis très dense est un piège très efficace pour les
sédiments et les débris organiques ; colmaté par les sédiments, il constitue
peu à peu un ensemble solide, une véritable terrasse sous-marine, à laquelle
les pêcheurs méditerranéens donne le nom de « matte ». La végétation luxuriante
de cette forêt de posidonies abrite une multitude d’organismes marins : algues
et animaux invertébrés se fixent sur les rhizomes ou les feuilles. Les poissons
et les oursins mangent les feuilles ou les organismes fixés sur celles-ci.
L’herbier de posidonies est menacé
Depuis le début du siècle, et surtout depuis le début des années 50, les
herbiers meurent lentement un peu partout en Méditerranée, jusqu’à disparaître
totalement sur des surfaces considérables, laissant derrière eux de vastes
étendues désolées qui font penser à nos déserts terrestres.
Il n’est pas rare, en creusant dans les mattes, de trouver des rhizomes morts
ayant cinq mille ans d’âge, c’est pour cela que le sol de notre proche littoral
est ainsi bien fixé, particulièrement devant certaines de nos plages. Ces
mattes protègent les plages de l’érosion, c’est la raison pour laquelle il faut
absolument protéger les posidonies en supprimant toutes les causes multiples de
régression : les ensevelissements des herbiers sous les aménagements littoraux
(endiguements, ports, plages artificielles, ancres marines, piétinements,
etc…..), la turbidité provoquée par les travaux d’endiguement, les
rechargements de plages en graviers et sable, les passages d’engins au bord de
l’eau mettant en suspension de fins sédiments qui étouffent les herbiers et
gênent la photosynthèse, cet impact secondaire est souvent plus dévastateur que
l’ensevelissement direct, en effet, les courants marins et rivières de retour
emportent cette turbidité vers le large et de fait diminue fortement
l’intensité lumineuse qui arrive sur les herbiers de posidonies se trouvant
dans la limite inférieure au delà de laquelle l’herbier ne peut vivre en
principe, cette limite inférieure constitue la partie la plus fragile de
l’herbier.
- Tous ces ouvrages, en modifiant le tracé des côtes, modifient brutalement la
circulation habituelle des courants et l’équilibre sédimentaire nécessaire à
l’herbier : les courants emportent le sable sur lequel est fixé un herbier,
provoquant son écroulement, pour déposer ce sable plus loin, sur un autre
herbier, qui est alors enseveli;
- Les ancres et certains engins de pêche ont trop souvent tendance à se
comporter comme des charrues, labourant et fragilisant l’herbier;
-Et la pollution… Détergents, métaux lourds, hydrocarbures, etc.., ont eux
aussi une lourde part de responsabilité.
Très souvent les feuilles mortes des posidonies s’échouent sur les plages et
s’entassent. Certaines configurations de la côte favorisent leur accumulation
permanente. Ces tas de feuilles forment des banquettes imputrescibles qui
protègent les plages de l’érosion.
Malheureusement cet humus naturel marin est mal perçu par les touristes, ce qui
conduit certaines municipalités à enlever inlassablement les feuilles de
posidonies tout en engraissant la plage de sable qui rétrécit vite sans sa
protection naturelle. Il faut observer les matelas de feuilles mortes de
posidonies servir d’amortisseur contre les grandes houles, de l’automne au
printemps, période des plus hautes eaux. Les Municipalités ont tout intérêt à
informer le plus possible les touristes et leur expliquer sur des panneaux, mis
à proximité des plages, les raisons de la présence des feuilles mortes de
posidonies sur lesquelles les agents pathogènes n’aiment pas ‘’se faire
bronzer’’, alors que sur le sable tous ces agents pathogènes prolifèrent.
A la suite de ces ‘’érosions’’ provoquées par l’homme, les municipalités en
arrivent à l’aberration de décider ‘’d’artificialiser’’ ces plages et de les
engraisser à l’aide de graviers pour couvrir la plage naturelle de sable. Les
herbiers de Posidonies constituent la base de la richesse des eaux littorales.
Ce fait, trop longtemps ignoré du public et des élus, n’est pas encore pris en
compte aujourd’hui de façon sérieuse.
Il faut absolument que ces pratiques cessent, autrement notre littoral sera
entièrement artificiel et les élus de ce littoral, n’attendant que cela,
continueront alors, à pratiquer le bétonnage sur ces plages en prétendant qu’il
faut les entretenir.
La disparition progressive des herbiers de Posidonies est un phénomène aux
conséquences très inquiétantes. La Posidonie ne meurt pas seule : elle entraîne
avec elle toutes les espèces animales et végétales qui lui sont liées, de la
même manière qu’une forêt qui brûle. Au delà, c’est l’équilibre de tout
l’écosystème marin qui est mis en péril, à la différence de la forêt cet
écosystème met dix fois plus de temps à se reconstituer et quelques fois
disparaît.
Les conséquences ne sont pas seulement écologiques, elles sont aussi
économiques. En région Provence-Alpes- Côte d’Azur, la qualité du milieu marin
tient une place essentielle. Elle concerne directement la pêche (poissons,
oursins), le tourisme balnéaire, la plongée sous-marine, et la navigation de
plaisance. Elle concerne également toutes les activités associées à la mer :
l’industrie et le commerce liés à la plongée, aux produits de la mer, etc…
Que personne ne s’y trompe : si la qualité des eaux se dégrade, si la féerie de
couleurs des paysages sous-marins se change en guenilles envasées, si les
mérous abandonnent nos fonds, si toute la faune sous-marine va vers d’autres
eaux, des millions de touristes déserteront notre région pour d’autres cieux.
Hélas, certains commencent d’ailleurs à le faire.
Le tourisme de masse n’est plus l’apanage des vacanciers, c’est l’écotourisme
qui commence à prévaloir. L’urbanisation de notre frange littorale fait fuir
les touristes. ‘’ Les 200 pas du Roi de la frange littorale doivent être
restaurés, re-paysagés et remis en application’’.